ANDRÉ-LINE BEAUPARLANT, de l’ombre à la lumière

ANDRÉ-LINE BEAUPARLANT, de l’ombre à la lumière

Entretien spécial réalisé par Marie-Pascale Vincent

 

Directrice artistique auprès des plus grands réalisateurs québécois, André-Line Beauparlant issue d’un cinéma extrêmement indépendant réalise aussi des documentaires. En amour avec ses personnages, elle a une façon bien à elle de raconter des histoires universelles.

« C’est formidable, s’exclame André-Line Beauparlant, je suis ici pour présenter mon documentaire, mais il y a aussi de nombreux films programmés à Florac pour lesquels j’ai occupé la place de directrice artistique. C’est rare que je sois sur un événement avec les deux facettes de mon métier. »

Tout juste rentrée d’un tournage de trois mois au Vietnam, André-Line Beauparlant qui a collaboré avec les plus grands réalisateurs québécois, dont Denis Villeneuve pour Incendies nominé aux Oscars, n’a pas hésité à « sortir du bois » pour venir à Florac où elle préside aussi le jury de la compétition de courts-métrages.

On peut voir ce jeudi 12 avril à la fois Pinocchio, son dernier documentaire, précédé de Yes sir! Madame… pour lequel elle assure la direction artistique, un film signé Robert Morin, son compagnon depuis 25 ans et Gaz bar blues de Louis Bélanger avec qui elle a aussi collaboré pour Les mauvaises herbes, projeté dimanche 15 avril.

Parce que ce métier de l’ombre est mal connu, André-Line Beauparlant donne aussi une leçon de cinéma sur la direction artistique, samedi à 14 h.

 

 

Le métier de directrice artistique

 

« L’équipe artistique est la première à être embauchée, la dernière à partir, c’est aussi celle qui coûte la plus chère. Je suis là pour créer un univers visuel, que tout soit dans la cohérence au niveau de l’image et au-delà. Le boulot consiste à combler tout ce qui n’est pas écrit. Du personnage au maquillage, en passant par les endroits de tournage, sur certains films j’ai fait près de 5000 photos avant de trouver un lieu. »

En tant que directrice artistique, André-Line Beauparlant se doit d’être très proche du scénariste, « quasiment arriver à rentrer dans sa tête. Cela commence par bien sentir le scénario. Suivent ensuite de longues heures de discussion avec une relation très intime intellectuellement, émotionnellement. Il faut du temps, beaucoup de temps et je fais peu de films par an. De l’un à l’autre, il n’y a pas de « marque » André-Line Beauparlant. En revanche, il y a des liens entre les projets que je choisis… ce sont tous des bons films ! »

 

 

Des Affamés aux Mauvaises herbes

 

Excepté avec Robert Morin, son compagnon, elle ne travaille pas pour autant sur tous les films d’un réalisateur, « Il faut se rechoisir à chaque fois », et n’hésite pas à passer d’un genre cinématographique à un autre.

André-Line Beauparlant a travaillé avec Robin Aubert sur Les Affamés diffusé samedi soir. « C’était la première fois que je faisais un film de zombie, mais ce n’est pas un vrai film de zombie. J’ai adoré. Il s’agissait de créer des univers incroyables avec pour prétexte, de parler de la vie. Je suis très fière de ce film comme des Mauvaises herbes. La maison dans la neige, le travail sur la couleur, etc., pour remplir le hangar de pot (marijuana), il a fallu créer une usine de plants de pot en plastique. »

 

 

Le documentaire, un sentier à côté

 

Depuis 2000, avec Trois princesses pour Roland, André-Line Beauparlant s’est aussi lancée dans la réalisation comme si « être dans la tête des autres ne me suffisait plus ».

Et elle a choisi la voie du documentaire pour raconter ses histoires. Si elle passe de l’ombre à la lumière, on la voit à l’écran dans chacun de ses films, ce n’est pas pour se mettre en avant, mais pour se trouver dans les mêmes conditions, pas toujours confortables, que les personnes qu’elle filme.

« En tant que directrice artistique, j’ai travaillé avec les plus grands réalisateurs québécois. J’ai peut-être choisi le documentaire par timidité, comme un petit sentier à côté. Désormais, je pratique « deux instruments ». C’est compliqué dans l’agenda, mais sain dans la tête. Les deux se nourrissent. »

Partant de sa famille, André-Line Beauparlant questionne les thèmes de la transmission et des femmes dans Trois princesses pour Roland, le handicap et la place de la religion dans Le petit Jésus, le mensonge dans Pinocchio comme si « l’intérêt pour le petit, ce qui est proche de moi était le seul chemin pour parler de grands thèmes. Une famille c’est jamais plate (banal) ! Et ce genre d’histoire concerne tout le monde. C’est généreux de leur part d’accepter de tourner, je demande à chacun d’aller loin dans l’émotion. Pour cette raison, je ne peux pas de me cacher derrière la caméra. »

 

 

En amour avec le personnage

 

Ses documentaires sont issus à la fois d’une fascination pour une situation et d’une volonté de témoigner sur un milieu ouvrier dont la vie l’a éloigné, mais où se trouvent ses racines. « C’est bon de prendre le temps de faire ces longues conversations avec la caméra. » D’autant que la réalisatrice se donne le temps, soit sept ans tourner Pinocchio. « Je ne fais pas d’argent avec ces films-là. Cela me permet d’être complètement indépendante. Le temps long du documentaire permet de poser les choses, de laisser décanter. Mais il exige aussi de composer avec la vie. »

 

Le regard empreint de tendresse et d’humanisme, André-Line Beauparlant n’est jamais dans la position de quelqu’un qui juge, elle donne à voir et veut essayer de capter « la vérité » de ses personnages. « Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas de sens critique. Mais j’ai besoin d’être en amour avec les gens que je filme, je ne pourrais pas faire un film sur Trump par exemple. »

Ce n’est pas pour autant que Pinocchio a plu à son frère dont il tente de saisir la personnalité. Au contraire. « Il a détesté le film. Naïvement, j’aurais aimé qu’il soit avec moi au moment de la promo. En même temps, je ne suis pas là pour faire un film familial, c’est une œuvre. Je veux comprendre mon frère, mais aussi la vie et l’être humain en général. »

 

 

« Robert réinvente le cinéma à chaque film »

 

André-Line Beauparlant et Robert Morin partagent leur vie entre Montréal et le bois, un endroit propice à l’écriture, au montage, à la peinture pour André-Line ou la chasse pour Robert.

Si André-Line Beauparlant est sortie du bois, Robert Morin son compagnon, y est resté pour filmer la débâcle (la glace qui se brise au printemps sur les rivières), un phénomène qui ne dure que quelques jours seulement. Tandis qu’André-Line collabore à la plupart des films de Robert, lui est derrière la caméra lorsqu’elle réalise ses documentaires.

« Ce n’est pas l’amoureuse qui parle, mais Robert est l’un des cinéastes les plus importants au Québec. Il n’aime pas parler de ses films, mais il réinvente le cinéma à chaque tournage, comment on le fait, comment on le construit. Il est capable de réaliser de grosses productions comme de faire un film tout seul au fond des bois. Tous les deux, on vient d’un cinéma extrêmement indépendant. »

48 images seconde programme Yes sir! Madame… de Robert Morin ce jeudi 12 avril à 16 h et Le problème d’infiltration, le samedi 14 avril à 16 h, « un film vraiment compliqué du point de vue la direction artistique ».

 

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