Entretien avec Luc Bourdon

Entretien avec Luc Bourdon

Luc Bourdon : le documentaire ou la poésie du réel

Bien avant l’avènement du numérique et la démocratisation des moyens de communication, le cinéaste Luc Bourdon opte dès les années 80 pour la vidéo. « Je travaillais dans le cinéma lorsque j’ai écris une lettre à un ami parti à Paris en utilisant cette technique. Je me suis retrouvé devant une image saturée, des gros plans qui avaient sur moi un effet miroir, avec le sentiment que tout cela m’appartenait. »

Bien que la vidéo n’ait pas les capacités techniques du cinéma, l’intérêt est surtout générationnel. D’un point de vue économique aussi bien qu’esthétique, elle permet à Luc Bourdon de faire des œuvres, quelques fictions, essais, installations, qui lui correspondent. C’est dans les années 2000 que le cinéaste opte définitivement pour le documentaire: « La fiction implique des moyens financiers, des relations à l’acteur, une qualité de dialogues face auxquels je ne me sens pas outillé. Plutôt que de créer un univers de toute pièce, j’aime le réel et la poésie qu’il dévoile. Sa possibilité d’évocation est aussi forte. Il y a aujourd’hui un vrai besoin d’être documenté même si les gens préfèrent fuir, regarder des séries en rafales. »

Pour les deux documentaires qu’il présente à Florac, Luc Bourdon a travaillé avec l’Office national de film (ONF). Le projet est né d’une boutade lancée à Colette Loumède, productrice. « Je lui avais fait remarqué qu’il n’était peut-être pas nécessaire de continuer à tourner alors qu’on pouvait utiliser toutes les chutes qui existent pour faire de nouvelles histoires. Elle m’a prise au mot. »

La mémoire des anges, utile au quotidien

Face aux archives de l’ONF mises à sa disposition, Luc Bourdon s’est senti happé et bouleversé par la découverte du « Montréal de mon père » qu’il ne connaissait pas. « Je regardais tout ça comme on le fait avec des photos de famille. Pour arriver à une sélection, avec mon monteur, un ami, on a calculé qu’on était le premier public, qu’il fallait qu’on pleure, qu’on rit ; deux fonctions essentielles dans la vie. » La mémoire des anges (2008), qui dépeint Montréal dans les années 1950 à 1960, ne contient ni commentaire ni voix off qui guideraient le spectateur et, pour cela, il rencontre un succès énorme. « Depuis onze ans, il ne cesse de tourner sur les chaînes de télévision. Les gens se sont identifiés. J’ai reçu des centaines de témoignages, je suis touché d’avoir réussi à faire un film utile tous les jours.»

La part du diable, plus politique

Près de dix ans après, Luc Bourdon se lance dans La part du diable (2017) consacré aux années 70. « J’ai longtemps douté. On connaît par cœur cette période. Mais à mon âge, j’avais le goût de passer un an de recherche. Quand on est jeune, le temps nous brûle entre les doigts alors qu’il se révèle un allié précieux. » Contrairement à la mémoire des anges, la période couverte par ce second film exige de respecter la chronologie des événements. « Face à des archives accumulées par des cinéastes, la datation nous a pris un temps fou. Cela donne un film beaucoup plus factuel et politique. Il s’étale sur des années qui reflètent un engagement en faveur de la langue française. »

Au centre de ce travail d’archives, la part de création pour Luc bourdon se situe dans le montage. Mais ce dernier préfère parler d’artisanat. « Ce n’est pas parce qu’on fait des films qu’on est le roi du monde. J’aime mieux être considéré comme un artisan. Un film et sa réussite restent le fruit d‘un travail d’équipe jusqu’à la diffusion. J’aime avant tout le collectif. Je suis incapable de raisonner en termes de carrière. »

Aujourd’hui, Luc Bourdon écrit le scénario d’un nouveau documentaire sur le métro de Montréal.  S’il aime sa ville, « la deuxième ville francophone au monde », il ne se reconnait pas dans l’esprit village et le chauvinisme. « Tout le monde est différent, mais on n’a pas besoin de s’opposer. On peut tirer des splendeurs de chaque endroit d’un pays. À condition de savoir regarder. »

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.