Entretien avec Maxime Giroux

Entretien avec Maxime Giroux

Maxime Giroux, un marginal parmi tant d’autres

Maxime Giroux présente Félix et Meira (2014) puis Le déserteur (2018) qui sortira en France cet été. Comptant des acteurs comme Romain Duris, Soko et Reda Kateb , le film vient de recevoir huit nominations pour un Iris au Gala Québec Cinéma. Mais selon le réalisateur, « Il ne peut être primé, il n’est pas destiné à faire l’unanimité ».

« Mes films se concentrent souvent sur les marginaux qui ont de la misère à faire partie de la société. Les personnages sont sombres et s’en sortent rarement. Je tourne avec de petits budgets. Je ne vais pas faire de promotion à la radio. Et être moi-même un marginal du cinéma québécois me plaît », explique Maxime Giroux.

Alors que ses films sont davantage vus à l’étranger, le cinéaste québécois présente à Florac, Félix et Meira, une histoire d’amour qui a fait le tour du monde. « Il y a une manière différente selon les pays de recevoir les films. La France est cinéphile et le film y est considéré comme populaire. Aux USA, Félix et Meira semblait réservé aux intellectuels, le Québec se situe entre les deux. »

Félix et Meira raconte un amour impossible entre un personnage francophone et une juive hassidique. Maxime Giroux, qui tourne des films sur des sujets qui ne lui sont pas familiers, a toujours été intrigué par cette communauté installée près de chez lui. Celle-ci compte plusieurs branches et le réalisateur apprend à les différencier par leur tenue vestimentaire. « Quand vous vous intéressez aux gens, cela devient réciproque. Et plusieurs personnes qui sont sorties de la communauté m’ont aidé. Certaines jouent même dans le film! J’ai découvert des gens magnifiques, de belles valeurs familiales et d’entraide. En même temps, cette communauté enferme. La femme y est prisonnière. Si elle la quitte, elle perd tout, y compris ses enfants. »

Le déserteur, peinture sombre

Dans le deuxième film proposé à Florac, Le déserteur, Maxime Giroux traite cette fois-ci du capitalisme. « À l’opposé de Félix et Meira, il s’agit d’un film violent, grossier, comme le sont les jeux de pouvoir. Notre monde est plein de faux semblants. La beauté supérieure, les grands espaces, le lifestyle, ont été mis en place pour nous faire violence. Le déserteur est un film visuel, mais aussi un cauchemar de cinéma. Un réalisateur a le droit de faire des films choquants. Comme une peinture sombre. Pour qu’il se passe quelque chose. » Le déserteur a été tourné au Nevada et en Californie avec une équipe de 12 personnes. « On allait d’un motel à l’autre. Ce tournage était tout sauf industriel, comme si nous étions une famille qui, avec une guitare autour d’un feu, s’amuse sans penser au box-office. Il s’est passé quelque chose, autre chose, qui fait du bien à l’âme humaine. » Ce qui n’empêche pas le film d’afficher un casting prestigieux avec Romain Duris, Soko, Reda Kateb. « Romain Duris a été séduit par le rôle, un méchant dépeint de façon caricaturale. Son personnage est très proche des films de Tarantino. Et pour mener à bien un tel projet, j’ai de la chance d’avoir un producteur génial, Sylvain Corbeil et aussi Nancy Grant, qui me suivent même quand ils savent qu’on va perdre de l’argent. »

En tant qu’artiste, Maxime Giroux livre dans Le déserteur, son sentiment sur le monde actuel. « Le film est tourné comme un conte pour souligner l’aspect intemporel des questions soulevées. Il commence avec un discours de Chaplin qui parle de tolérance et de bonté. Cette figure de Chaplin, naïve, est sans doute la lueur d’espoir du film. »

Mais pas sûr que Maxime Giroux y croit. « Depuis l’écriture du texte de Chaplin, rien n’a changé. Le film nous le rappelle. Chaplin lui-même a été utilisé comme un outil de propagande du rêve américain. Et quand il est devenu plus socialiste, il a été mis à la poubelle. Notre monde fonce dans un mur. On ne peut rien y faire. Quoi qu’on en pense, les gilets jaunes en France sont le symbole de cette impuissance et du fait que les gens se sentent opprimés. » Jetant un regard aux falaises du causse, Maxime Giroux rit. « La vie est belle pareil! Je suis un artiste, j’ai besoin de m’exprimer. Dans le fond, je préférerais faire des documentaires. Par paresse, la fiction me paraît plus facile. C’est moi qui décide ce que je veux dire. Je fais de la fiction pour être plus heureux. »

Entretien réalisé par notre collaboratrice Marie-Pascale Vincent.

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