Entretien avec Phil Comeau

Entretien avec Phil Comeau

Phil Comeau, cinéaste acadien

Alors qu’au Canada, la situation politique n’est pas favorable à la langue française, la culture acadienne est plus que jamais vivante. Loin d’une image traditionnelle, elle s’inscrit dans une dynamique contemporaine, comme le raconte Phil Comeau, avec son film Vague d’Acadie (2018).

Cinquante documentaires à votre actif, autant de fictions, de séries, de poésie, etc… Vous êtes un cinéaste et artiste prolixe.

J’ai visité plus de 50 pays et tourné des scènes dans 25. J’aime le cinéma parce qu’il est à l’origine de rencontres, qu’il me permet d’aborder des enjeux différents. J’ai touché au sport, à l’économie, à la culture. J’ai fait un film sur un crash d’avion parce c’est émouvant. Je signe des fictions et quand je suis tanné des acteurs, je me dis que j’ai le goût de faire un documentaire. Inversement. Comme si j’avais deux maîtresses.

Vous êtes un défenseur de la culture acadienne. Mais qu’est-ce que l’Acadie ?

Historiquement, les Acadiens se trouvent principalement au New-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et sur l’Île-du-prince-Édouard et sont majoritairement originaires du Poitou. Les ancêtres des Québécois venant pour leur part de Bretagne et de Normandie.

En 1755, les Britanniques ont pris les terres des Acadiens et nous ont déportés dans toute l’Amérique du Nord. En 1758, il y a eu nouvelle vague de déportation, cette fois-ci vers la France dont Belle-Île-en-mer. Pour les Acadiens, la connexion avec la Normandie s’est faite après la guerre, en participant au débarquement.

Quelle est la place des Acadiens aujourd’hui ?

Une majorité d’Acadiens est installée dans trois provinces maritimes où la langue française est minoritaire. Il faut toujours se battre pour nos droits linguistiques, au niveau des écoles, du système de santé et pour notre culture. Cela te forme à revendiquer ton identité. Le fait d’être au pied du mur fait réagir et c’est bon pour la créativité. Aujourd’hui, la situation politique n’est pas favorable au français. Sur le terrain, à contrario, le développement de la culture est fascinant. Au New-Brunswick, 80 % des festivals sont le fait d’Acadiens alors qu’ils représentent 35 % de la population.

Un tiers de votre œuvre porte sur l’Acadie 

Je fais des films sur des personnages marquants ou sur des faits, des situations qui m’intriguent ou qui m’enragent avec l’envie de faire avancer la culture acadienne.

Quels sont les films projetés à Florac ?

Réalisé il y a une vingtaine d’années, Le Secret de Jérôme (1994) a raflé une quinzaine de prix. Le personnage central est un étranger. Tourné en 35 mm, c’est un film d’époque inspiré d’une histoire vraie, où l’on sent encore l’influence française. Il est entré dans la collection de l’histoire du cinéma à l’Office national du film (ONF). Sa réalisation fut une véritable aventure. On a mis 10 ans à le financer! Il s’agit du premier film de fiction indépendant acadien.

Le deuxième film projeté vague d’Acadie parle de musiciens classiques, de hip-hop, de jazz, etc. Il s’interroge sur la diffusion actuelle de la musique via internet ou encore sur le fait que le nombre d’artistes acadiens explose.

Qu’en est-il de la musique dans la culture acadienne ?

La musique et la fête ont une grande importance. À un moment, j’ai vécu à Montréal parce qu’il n’était plus possible de faire des films chez nous. Quand j’allais dans un party avec de la musique enregistrée, cela me donnait l’impression que la fête était ratée. Chez nous, on trouve des musiciens dans toutes les trois maisons. On a longtemps pratiqué la musique traditionnelle, avec pour emblème le violon. Désormais, les Acadiens se distinguent dans tous les genres musicaux.

Qu’est-ce que le tintamarre qui s’exporte ce vendredi à Florac ?

Le tintamarre consiste à sortir dans la rue et à faire du bruit en tapant sur des casseroles, de façon à dire qu’on existe, qu’on est vivant. Le tintamarre est en train de se faire adopter comme un événement à part entière et se multiplie un peu partout.

À Florac, il va s’accompagner d’une soupe ambulante, un nouveau concept et aura lieu juste avant le concert de Shaun Ferguson, un guitariste extraordinaire.

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