Entretien avec Sébastien Pilote

Entretien avec Sébastien Pilote

Le festival débute ce soir, avec le sublime LA DISPARITION DES LUCIOLES, de Sébastien Pilote. Pour l’occasion, découvrez un peu plus le cinéaste avec cet entretien exclusif, réalisé par Marie-Pascale Vincent.

Sébastien Pilote, cinéaste en région

Attaché à vivre et travailler dans la région du Saguenay, Sébastien Pilote se veut être le cinéaste des “petites choses”. Dans son film, La disparition des lucioles, il parle de sujets graves sous une forme légère.

« Si les lucioles disparaissent, cela ne veut pas dire qu’elles n’existent plus, mais peut-être que quelque chose nous empêche de les voir », explique Sébastien Pilote, à propos de son film, La disparition des lucioles diffusé en ouverture du festival. « En Italie, le terme de luciole désignait les ouvreuses de cinéma. Il est aussi employé par certains philosophes ou des auteurs comme Pier Paolo Pasolini sous forme de métaphore désignant le nouveau fascisme. »

Les poètes et le territoire

Originaire du Saguenay, Sébastien Pilote, vit et travaille dans sa région natale « pas pour faire des films régionalistes, mais le meilleur du cinéma dans un endroit où je me sens chez moi. » Il y a grandi en fréquentant assidûment le vidéo club et découvert le cinéma d’auteur au Cégep (lycée). Faute de cinémathèque à proximité, « je lisais tout ce que je pouvais. Les films que je rêvais ainsi, étaient encore meilleurs ».

Avant de devenir cinéaste, Sébastien Pilote fonde avec d’autres le festival Regard. « On a été les premiers à diffuser les films de Denis Côté, Robin Aubert…». Il signe aussi des reportages télévisés. Avec une prédilection pour les “petits” sujets comme le portrait d’un pompiste, etc. Mais face aux difficultés grandissantes de produire des documentaires, un projet consacré à un vendeur de voiture reste dans un carton. Le vendeur (diffusé ce jeudi ) finit par sortir sous la forme d’une fiction, suivi en 2013, par Le démantèlement.

La naïveté contre le cynisme

Comme ces deux films, La disparition des lucioles a été tourné dans la région du Saguenay. En revanche, « au lieu d’un personnage en fin de parcours, il suit une jeune fille Léonie, la luciole du film, en train de finir le Cégep et de se chercher ». Avec force et fracas, comme savent le faire les adolescents. « Pour autant, il ne s’agit pas d’un film pour ados ou sur les ados. C’est un film qui me ressemble, confie le cinéaste qui, comme son héroïne, se sent en colère.

Après deux premiers longs métrages plus austères « des études psychologiques à incidence sociale », selon certains critiques, Sébastien Pilote avec La disparition des lucioles a souhaité réaliser un film léger, naïf, et généreux. « Comme un regard d’enfance. Paradoxalement, enfonçant toujours le même clou, il s’agit de mon film le plus politique. Les deux figures paternelles auxquelles Léonie est confrontée symbolisent un monde avec une droite populiste omni-présente, une gauche ayant commis des fautes qui l’ont écarté du pouvoir et désormais absente. La forme légère du film, l’amour au sens très large, une musique “too much”, s’opposent au cynisme de la jeune fille. J’ai essayé de créer une tension qui traverse le film avec presque rien. Plutôt que de montrer une scène d’amour par exemple, je veux susciter chez le spectateur le désir de voir les personnages s’unir ».

Le “petit” pour nouveau monde

Si Sébastien Pilote construit ses films avec de petites choses et qu’il s’attache moins à raconter une histoire qu’à dépeindre une intuition, c’est aussi dans ce minimalisme qu’il place l’espoir. « En région, les villes ont longtemps vécu d’une mono industrie. Sur fond de changement climatique, on vit la fin d’un monde. L’espoir perce quand une petite entreprise se transmet, quand un boulanger veut faire le meilleur pain et tant qu’il y a une bonne librairie dans la ville. Une entreprise de création de jeux vidéo s’est installée dans la région du Saguenay, il y a des artistes, une culture vivante. En France, le plus grand festival de cinéma, n’a pas lieu à Paris mais à Cannes. Un territoire prend corps non pas quand on plante un drapeau mais quand les poètes se l’approprient. À Florac également, tout est possible ! »

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