MARTIN LAROCHE, l’homme qui fait des films sur les femmes

MARTIN LAROCHE, l’homme qui fait des films sur les femmes

Entretien spécial réalisé par Marie-Pascale Vincent

 

Les deux premiers films de Martin Laroche, venu au cinéma par amour de l’écriture, laissent toute la place aux femmes. Sur des questions qui leur appartiennent, pour sonner vrai, la démarche du cinéaste repose sur l’exigence.

 

Du nom d’une petite ville de la région de la Côte-Nord au Québec, connue comme le loup blanc pour être un «spot» incontournable du tourisme lié à l’observation des baleines, Tadoussac de Martin Laroche projeté ce vendredi après Les manèges humains, son premier film, offre de superbes rôles à deux actrices féminines. Camille Mongeau (Chloé dans le film) a d’ailleurs reçu le Bayard de la meilleure comédienne à Namur (Belgique) tandis qu’Isabelle Blais (Myriam dans le film) est nominée pour l’Iris du meilleur du rôle de soutien au Québec.

 

«L’évolution récente de la condition féminine sur ces 60, 70 dernières années est particulièrement riche. Elle marque l’histoire de cette période. C’est un sujet qui me touche profondément, témoigne Martin Laroche, jeune réalisateur québécois. Également, je suis tanné de la façon dont on dépeint généralement les femmes à l’écran. Elles sont la copine, la femme, la muse, la mère de personnages masculins. Si ces derniers ont une complexité psychologique, les femmes, elles, sont souvent montrées de façon simpliste. Une image qui ne reflète pas la réalité. Le cinéma étant l’un des arts qui amène le plus de confusion possible avec le réel, je me suis fait une forme de devoir de représenter la vie, au lieu de perpétuer des clichés.»

 

Le syndrome de l’imposteur

 

En tant qu’homme, face à des sujets purement féminins, Martin Laroche avoue avoir eu peur du syndrome de l’imposteur. «Je redoutais les réactions notamment par rapport à Manèges humains qui aborde le thème de l’excision et qui va loin dans les interprétations. Cela me pousse à beaucoup de rigueur, j’ai lu énormément, je me suis abondement documenté y compris auprès du corps médical. J’ai abordé ces sujets comme s’il s’agissait d’un défi mais « se mettre dans la peau de », c’est aussi le boulot du scénariste!» Une rigueur qui lui vaut la reconnaissance de la gent féminine. «Quelques hommes ont émis des réserves et les femmes, généralement aiment. C’est très précieux.»

 

Loin de films de décor ou de caméra, comme Martin Laroche le dit lui-même, ses deux premiers longs-métrages sont des oeuvres réalistes «dans la veine du cinéma des frères Dardenne pour Tadoussac. Mais ce sont avant tout des films de personnages. Et il me fallait d’excellentes comédiennes. Quand j’ai auditionné Camille Mongeau, j’ai tout de suite vu le personnage de Chloé. Je connaissais Isabelle Blais qui interprète souvent des rôles de Montréalaise. Myriam a une personnalité plus rurale (sans connotation péjorative), je n’avais pas pensé à Isabelle. Elle s’est révélée excellente.»

 

 

Le problème de la diffusion

 

C’est par l’écriture que Martin Laroche, de formation littéraire et deux histoires pour ados à son actif, est arrivé au cinéma. «Je rêvais d’écrire des romans mais cela me semblait beaucoup plus difficile que de faire un film !» Après avoir fréquenté l’université en cinéma à Montréal, il réalise «sans argent» deux premiers longs-métrages «quasiment introuvables aujourd’hui».

 

Et malgré toutes ses qualités, Tadoussac pour lequel Martin Laroche est à la fois scénariste, réalisateur et producteur par nécessité, est resté très peu de temps à l’affiche au Québec. Il risque également de ne pas être distribué en France. «Au Québec, le budget d’un film tourne autour de 3 M$ , la moitié pour le cinéma indépendant, 200 000 pour Tadoussac. Depuis six ans, j’ai fait douze demandes à la Sodec (équivalent du CNC), j’ai essuyé douze refus ! Heureusement, mon prochain film que je commencerai à tourner en automne, a enfin été retenu ! C’est quand même dingue au regard des évolutions technologiques et de la mondialisation que ce soit plus difficile aujourd’hui qu’il y a dix ans de diffuser des films québécois à l’international. Souvent pour une distribution en France, on nous oppose le prétexte de la compréhension. Certes le québécois a ses particularismes mais on parle la même langue ! De toute façon, le spectateur saisira l’essence du film. Il faut arrêter de le prendre pour un c…»

 

 

Identité, diversité, débrouillardise

 

Pour Martin Laroche également, la question de l’identité et des origines qui traverse le film Tadoussac représente «au Québec, village gaulois de l’Amérique, une problématique dont on a toujours parlé et débattu au niveau politique et social. Elle teinte le cinéma québécois dans son ensemble. Mais c’est peut-être la débrouillardise qui le caractérise le mieux. Les anecdotes pleuvent à ce sujet et je pense aussi au début du cinéma direct. La débrouillardise, qui demande de savoir tout faire, est une bonne école. Sur mon prochain film, je travaillerai avec un producteur et grâce à l’expérience des précédents, on parlera le même langage. Un artiste ne grandit jamais seul, on se nourrit des influences des uns et des autres. Mais le cinéma indépendant au Québec reste divers, ce qui fait sa richesse.»

 

Attaché aux films de Robert Morin par exemple, le cinéma de Martin Laroche ne cherche pas à s’inscrire uniquement dans un contexte québécois. Il se revendique aussi des frères Dardenne (cités plus haut). «On est à un moment favorable au cinéma du réel, y compris au niveau technique.» Et de citer également David Lynch, Stanley Kurbrick, Woody Allen notamment à propos de son prochain film. Plus intellectuel et inspiré du Rire de Bergson, il traitera de la question de l’humour. «Le personnage principal sera une nouvelle fois, une femme. En même temps, ce sera un personnage qui me ressemble». Ce qui devrait permettre à Martin Laroche de continuer à s’affirmer comme un cinéaste qui rompt avec les clichés.

 

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