Entrevue: ROBIN AUBERT

Entrevue: ROBIN AUBERT

 

Le cinéma de ROBIN AUBERT sera mis de l’avant tout au long du festival cette année!

 

Le docufiction TUKTUQ ouvrira les festivités ce mercredi soir 11 avril à 20h30, tandis que son plus récent long-métrage LES AFFAMÉS sera projeté à l’occasion d’une soirée de cinéma fantastique en duo avec son tout premier film, SAINTS-MARTYRS-DES-DAMNÉS, ce samedi 14 avril, à partir de 21h. De plus, son court-métrage SUR LE CIMENT sera présenté dans le cadre de la carte blanche de la Coop Vidéo de Montréal offerte gratuitement, dimanche 15 avril à 14h.

 

Entretien spécial réalisé par Marie-Pascale Vincent:

 

 –  Robin Aubert, à vos débuts, vous avez fait partie du groupe d’humoristes les Chick’n Swell, vous êtes aussi acteur de séries pour la télévision, auteur d’un recueil de poésie et réalisateur. Tuktuq, projeté en ouverture du festival, est un docu-fiction engagé et en 2017 également, vous avez produit un film de zombies, Les affamés, programmé ce samedi  à Florac. Pourquoi ce mélange des genres ?   

 

Pour ne pas sombrer dans la « mornitude » des jours… Cela a peut-être à voir avec le fait que j’aime me réinventer dans la création. C’est, je pense, mon leitmotiv premier. Je la cherche autant dans le jeu que dans un poème ou une pièce de théâtre. En fait, tout est en fonction de créer, quel que soit le genre ou l’allure que ça va prendre.

 

 –  Comment est née l’idée de Tuktuq ? Pourquoi cette envie de faire un film engagé ? Quelle est l’importance de l’engagement pour vous ? Dans votre vie ?  

 

Il y a toujours une raison derrière un film. Faire un film pour faire un film, ça ne m’intéresse pas. J’entends souvent des cinéastes dirent qu’ils ont besoin d’être à tout prix sur un plateau de tournage sinon ils ont le sentiment de sentir un vide. Je préfère plutôt laver la vaisselle à la maison que de me retrouver sur un plateau en train de réaliser une merde vouée aux momies de ce monde. L’engagement, c’est un droit qu’on se donne. Ça n’a pas besoin d’être une priorité. Du moins, pour un temps. L’engagement vient peut-être avec le fait d’avoir des enfants. On voit le futur autrement.

 

 –  Le film est le deuxième d’une série intitulée « Pentalogie des cinq continents », un projet personnel qui vise à confronter un personnage québécois à un pays étranger. Pouvez-vous présenter ce projet où vous dites vouloir vous intéresser à des choses différentes aussi bien sur le fond que sur la forme ? 

 

C’est un défi et une promesse que je me suis lancés, si jamais j’avais l’envie de quitter le cinéma. Je prône davantage le fond que la forme. En même temps la forme n’est jamais très loin. Seulement, j’y pense moins. Elle est plus instinctive que réfléchie et c’est pour ça que je l’aime tant. Je m’amuse avec la forme. Je me pose des questions avec le fond.

 

 –  Dans le film, vous êtes à la fois réalisateur et vous incarnez le personnage principal. Pourquoi ? Cela a-t-il eu une influence sur le film lui-même ? 

 

En général, je ne joue pas dans mes films. Je n’y vois aucun intérêt. Par contre, pour celui-ci, je n’ai pas eu le choix. J’étais seul pour tout faire : la caméra, le son, donc le jeu aussi. Étant seul, ça m’a permis de me rapprocher des gens de la place. Si nous avions été plusieurs, je n’aurais pas eu accès à leurs intimités, à vivre avec eux dans des camps de pêche et de chasse à bonne distance du village.

 

 –  Pourquoi cette idée de se confronter à l’inconnu pour se construire soi-même ? 

 

La curiosité.

 

 –  J’ai lu que vous l’aviez réalisé « à la mitaine et dans la solitude », pouvez-vous nous en dire un peu plus ? 

 

Mon expérience comme cinéaste a commencé à La Course Destination Monde, une émission de télévision qui envoyait sept jeunes dans le monde dans le but de faire un film par semaine, jugé par la suite par un jury. Être seul pendant six mois te forge comme voyageur et cinéaste. Tu apprends à manier la caméra, à faire le son, à trouver ton sujet, condensé ta pensée et ton propos en deçà de cinq minutes. Et par la suite à être critiqué sur ton travail. Je ne suis jamais totalement revenu de cette expérience. C’est une des raisons pour laquelle j’aime retoucher aux éléments (son, caméra, montage) qui m’ont donné envie de faire du cinéma.

 

 –  Par rapport aux deux films projetés samedi (Les Affamés et Saints-Martyrs-des-Damnés), d’ vient votre goût pour le fantastique ? Sont-ils  « seulement » des films fantastiques?

J’ai une formation d’acteur de théâtre. Peut-être que l’aspect fantastique de mon travail vient de là. Et puis, concernant ces deux films, chacun renferme à sa manière sa part de science-fiction.

 

 –  Quelle est l’importance de l’humour et de l’horreur pour vous ? 

 

C’est drôle que tu me poses cette question et à la fois très pertinent. Tu cites les deux « genres » les plus «vergognés » du cinéma. Il a fallu Truffaut pour redonner les lettres de noblesse à Hitchcock. Mario Bava a été aussi inventif que Orson Welles. À mes yeux, Jacques Tati est aussi grand que Bergman ou Kubrick. Mais tout cela est une question de point de vue et on pourrait certainement en débattre des heures. Personnellement, une des raisons qui m’a poussé à faire du cinéma vient certainement du fait que je regardais en boucle les films de Louis de Funès et Sergio Leone plus jeune. Un comédien et un cinéaste considérés pour avoir fait du “sous-genre”. L’humour et l’horreur, ça touche une portion du ventre où les films « sérieux » n’osent pas aller par peur de s’éloigner de l’aspect cérébral de l’art. Or, moi ce qui m’intéresse dans le cinéma, ce n’est pas le cinéma, c’est la vie. Dans la vie, il n’y a pas que le drame. Le drame, c’est pour les scénaristes en manque d’inspiration ou de notoriété… bon, je blague un peu… mais pas tant… (sourire)…

 

 –  J’ai entendu dans une interview que Jésus fait partie des personnages qui vous ont inspiré pour Les Affamés

 

Petit, Jésus de Nazareth de Zeffirelli m’a profondément marqué. Je pense qu’en partie, l’intérêt pour l’horreur vient de là. Je ne vois pas d’autres explications.

 

 –  Pouvez-vous évoquer À l’origine d’un cri qui semble être à la croisée des chemins dans votre filmographie. Pouvez-vous nous parler de ce film?

 

C’est un film d’une extrême violence. De l’amour écorché. Un film qui renferme beaucoup de rage. Il était “short-listed” pour la compétition à Venise. J’ai encore un message du directeur Marco Mueller qui aimait beaucoup le film, mais les autres membres ne voyaient pas ça du même oeil. Je crois qu’il aurait eu une autre route s’il avait été sélectionné à Venise. La sortie a été très difficile pour moi puisque c’est un film très personnel qui parle de ma famille. Après, j’ai perdu le goût du cinéma. Je l’ai apprivoisé à nouveau en faisant autre chose, en allant travailler pour les autres. Puis, j’ai senti un vide. Le cinéma me manquait à nouveau. J’avais besoin de jaser avec lui et lui aussi, je pense, avait besoin de me raconter des choses. Depuis, on a fait la paix.

 


 –  Allez-vous continuez à mener votre double carrière de comédien et réalisateur ? Pourquoi ?

 

Oui. Tout simplement parce que ça me tente. Mais ce sont des vagues. Présentement, je n’ai pas envie de jouer. Je l’ai su lorsque je me suis retrouvé récemment sur un plateau de tournage. J’avais perdu la flamme, le goût du jeu relié à l’enfance. J’ai su qu’il fallait que je me retire pour un temps histoire de voyager, de me ressourcer, d’errer dans les musées, en forêt, dans les ruelles d’une ville inconnue. Ça revient à ce que je t’ai dit tout à l’heure sur les cinéastes, je ne comprends pas les acteurs qui veulent constamment tourner sans jamais s’arrêter. Où vont-ils chercher la profondeur de leurs images pour façonner leur jeu ? Si tu ne veux jamais être dans la vie, tu fais ton travail de manière mécanique. C’est moins intéressant.

 

 –  Cette première projection française de Tuktuq est-elle importante pour vous ? 

 

Elle l’est dans ce sens où je vais rencontrer des gens et une région que je ne connais pas.

 

 –  Quel sera le prochain film de cette pentalogie ? 

 

Je n’ai aucune espèce d’idée.

 

 

 

 

 

 

 

 

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