MARC-ANDRÉ GRONDIN chez les zombies

MARC-ANDRÉ GRONDIN chez les zombies

 

« Les Affamés, un nouvel éclairage sur un sujet surexposé »

Entretien spécial réalisé par Marie-Pascale Vincent

 

 

Sa carrière comme son césar, Marc-André Grondin estime les devoir au succès international de C.R.A.Z.Y. Entre France et Québec, séries TV et cinéma, Marc-André Grondin aime passer d’un continent et d’un rôle à l’autre. Il cultive une certaine discrétion et affirme son attachement à de grands cinéastes québécois dont Robin Aubert, avec qui il présente ce samedi 14 avril, Les Affamés.

 

Tous ceux qui ont vu C.R.A.Z.Y.(2005) se souviennent du regard de Zachary Beaulieu formidablement interprété par le jeune Marc-André Grondin. Douze après, « il ne se passe pas une semaine sans qu’on me parle de ce film », témoigne l’acteur qui recommence à peine à réécouter les musiques du film (Rolling Stones, Patsy Cline, David Bowie, The Cure, Pink Floyd…) « Pendant des années, dès que je rentrais dans un bar, tu pouvais être sûr que quelqu’un allait la mettre ».

 

César du meilleur espoir masculin pour Le premier jour du reste de ta vie et fort d’une carrière internationale pour laquelle on lui a demandé de se défaire de son accent québécois, Marc-André Grondin est à Florac pour présenter (hier vendredi), Vic + Flo ont vu un ours, et ce samedi Les Affamés de Robin Aubert, un des films très attendu du festival. « Je suis sincèrement touché par toute l’énergie mise dans l’organisation de ce festival. Dans l’art en général, il faut déployer énormément d’énergie. Je vois certains de mes potes qui galèrent pour un rôle, mais qui s’acharnent, je n’aurais pas eu cette patience. »

 

 

Les pubs pour hobby

 

Alors que le père de Marc-André Grondin travaillait à la radio, tout commence lorsque le frère de Marc-André l’accompagne à son travail, « parce qu’il n’y avait personne pour le garder à la maison. Du coup il enregistre des voix. Et moi, bien sûr, j’ai voulu passer de l’autre côté de la porte », comme mon frère. Pendant que mes potes ont comme hobby, le baseball, moi, c’est plutôt de tourner des pubs à la télé. Je pensais que j’allais continuer comme ça et que l’argent gagné me permettrait d’être musicien. J’avais aussi l’intention de faire une école de métier, pour devenir ébéniste. C.R.A.Z.Y. a tout foutu en l’air ! (sourire…)

 

Quand on tournait le film, j’avais l’impression que cela donnerait quelque chose de différent, qu’on n’avait jamais rien fait de similaire au Québec, mais pas que cela irait au-delà. Excepté les Invasions barbares, c’était avant qu’une vague de films québécois commence à s’exporter. » Très vite après la sortie du film, Marc-André Grondin est contacté par les meilleurs agents de la place et on lui propose de tourner dans des séries françaises. Il passe du temps à Paris où jusque dans les bars, il s’entraîne à répéter des phrases pour adopter des intonations françaises… « quitte à ce qu’on me prenne pour un fou ».

 

 

Entre France et Québec

 

Au Québec, il interprète aussi Patrice dans La Belle bête, un rôle qu’il choisit par anti-casting. « Il s’agit d’un personnage avec un retard de communication, qui entretient une relation incestueuse avec sa mère ». Quant au césar du meilleur espoir masculin, « j’ai toujours pensé que j’avais été récompensé pour un ensemble, pas pour mon rôle dans Le premier jour du reste de ta vie, en particulier. C.R.A.Z.Y. est la seule raison pour laquelle on a continué à me donner des rôles ». Parmi sa filmographie, Marc-André Grondin se dit aussi marqué par Bus Palladium ou un film comme Insoupçonnable. « Il y a le film en lui-même, mais aussi l’aventure humaine, tout ce qu’on peut vivre avec les autres. » L’acteur a alors beaucoup séjourné en France, « sans jamais y habiter, mais les gens l’ignorent. Je mène une vie discrète, quand j’étais musicien, je faisais de la batterie à l’arrière de la scène, je n’aime pas qu’on sache où j’habite, si j’ai une copine, etc., Je ne fais pas non plus tous les plateaux. Cette discrétion m’aide dans mes rôles. J’aime faire le caméléon, me fondre dans mon personnage, qu’on ne voit pas l’acteur. » Et Marc-André Grondin qu’on a vu dans Spotless, une série diffusée sur Canal +, est désormais retourné à temps plein au Québec, « parce qu’on m’a proposé des rôles et que ça fait du bien de rentrer à la maison. En général les séries télévisées bénéficient d’un budget confortable, mais il semble que chez nous, on fasse parfois l’inverse du reste de la planète. Au Québec en ce moment, la tendance est à des séries low cost et low risk. Les producteurs peuvent se le permettre parce que les acteurs aiment leur métier et donnent le maximum. L’imposteur par exemple a été tourné dans des conditions de m…, le lacet est étiré à son maximum. Le cinéma non plus n’a pas vraiment les moyens, mais au contraire des séries, sur un tournage, on a quand même le temps. Et puis, il y a des personnalités que j’adore dans le cinéma québécois comme Robin Aubert, Denis Coté, Stéphane Lafleur. J’ai été extrêmement chanceux de travailler avec les trois.

 

 

A voir et à entendre à Florac

 

Pour Marc-André Grondin, «Vic + Flo est le meilleur film de Denis Côté, qui est vraiment sorti de sa zone de confort. C’est la première fois qu’il dirige de si près les acteurs, les deux comédiennes, Romane Bohringer et Pierrette Robitaille, un duo improbable, sont formidables et Pierrette Robitaille, connue comme humoriste, se distingue dans un rôle à contremploi. Les Affamés, (à voir ce samedi 14 avril) est un film très surprenant, capable de plaire de 7 à 77 ans. Il apporte un nouvel éclairage sur un sujet surexposé comme celui des zombies. Il mélange beaucoup de genres, il est féministe à fond comme si Robin avait voulu rendre hommage aux femmes qui l’ont élevé. J’y suis le seul homme du début à la fin ! Les Affamés est un film à l’image de Robin. Comme au début du septième art, il nous fait vivre, physiquement, une expérience de cinéma. Aujourd’hui beaucoup de films s’adressent à nos têtes d’abord. Ici on rit, on sursaute, etc. »

 

Marc-André Grondin a aussi participé aux voix d’Avril et le monde truqué (présenté ce dimanche 15 avril, 10h) « du cinéma comme dans mon enfance où les films d’animation ne s’adressent pas uniquement aux enfants. Les voix ont été enregistrées avant que l’animation soit faite. On nous a montrés des dessins et il a fallu se lancer, sans préparation. Pour faire entendre cette gouaille parisienne, j’ai demandé quelques minutes et je suis allé chercher des exemples sur youtube. » Dans ce film, Marc-André Grondin qui porte fièrement sur certains plateaux un tee-shirt Sea Shepherd (ONG pour la protection des fonds marins), est particulièrement sensible au thème de l’écologie. « Une nécessité, une question de survie, mais l’homme vit dans l’instant présent, il ne pense pas au futur. C’est vrai, il faut un effort collectif, mais l’élite est en train de rejeter le blâme sur nous. » Adepte du jardinage, Marc-André Grondin est aussi tenté par la production ( il est déjà coproducteur sur certaines séries TV) qu’il compare à cette passion. « Il y a des gens qui gèrent leur boite de prod. comme on gère une banque ! Ce métier, je le vois plutôt comme un rôle de jardinier. Il s’agit de cultiver quelque chose qui n’est pas forcément sien et que l’on aide à faire grandir. »

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